Si de nombreuses mesures et de lois sont développés aujourd’hui en faveur de la transition énergétique et pour lutter contre le changement climatique, la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) compose plusieurs volets qui prennent en compte le développement de la chaleur issues d’énergies renouvelables. Car effectivement, la chaleur représente en France près de la moitié de la consommation finale énergétique et est produite par des énergies non-renouvelables.
Avant toute chose, il faut savoir de quoi on parle quand on dit “chaleur”. On peut diviser l’énergie qu’on consomme en trois grandes familles, selon le besoin auquel on répond :
- La chaleur et le froid (est-ce que vous utilisez cette énergie pour vous réchauffer ou vous refroidir ?)
- La mobilité (est-ce que vous utilisez cette énergie pour vous déplacer ?)
- L’électricité spécifique (est-ce que vous utilisez l’électricité comme énergie finale et non pour les deux usages précédents, par exemple pour recharger votre ordinateur ou pour allumer une lampe ?)
Donc, allumer un feu dans une cheminée, c’est de la chaleur. Mais utiliser de l’électricité pour faire tourner votre radiateur électrique, c’est aussi de la chaleur. Brûler du pétrole, si c’est pour faire tourner le moteur d’une voiture, alors c’est de la mobilité. Et l’électricité qui vient recharger un vélo électrique, c’est aussi de la mobilité. Quand vous branchez votre mixeur ou allumez la télé en revanche, c’est de l’électricité spécifique.
Un autre question se pose : comment se répartissent ces trois usages quand on fait le bilan énergétique de toute la France ? C’est la chaleur et le froid qui dominent : cet usage représente à lui seul presque 40% de la consommation nationale. Juste derrière, la mobilité représente autour de 30%, et l’électricité aussi. Donc, ce n’est pas une exagération de dire que la chaleur est un enjeu primordial.
Or, la production de chaleur est encore très carbonée : on voit encore des chaudières au gaz et au fioul dans les bâtiments, dans les combustions du secteur industriel – tout cela, en plus d’émettre du CO2, n’a rien de local ou de renouvelable : nos modes de production de chaleur sont donc triplement non soutenables pour les générations futures.
Alors, comment passer à de la chaleur renouvelable ? On passe tout à l’électricité ? La réponse n’est pas si simple : un radiateur électrique est très énergivore, et le réseau subit déjà d’importantes pointes en hiver – l’électrification des usages le sollicitera d’ailleurs encore plus. C’est tout à fait pertinent d’électrifier pour décarboner, mais uniquement s’il n’y a pas de meilleure alternative – or, dans le cas de la chaleur, d’autres vecteurs de chaleur renouvelable existent dans la nature, sont tout à fait prêts à être exploités et sont d’ailleurs même plus efficaces que l’électricité.
C’est particulièrement vrai dans le secteur du bâtiment, même si ces solutions sont malheureusement méconnues du grand public. Or, en Île-de-France, le résidentiel est le secteur le plus énergivore, responsable à lui seul de 35% des consommations – c’est donc un levier crucial de réduction des consommations.
Quelques chiffres parlants dans le secteur du logement.
En Île-de-France, 73% des usages énergétiques dans le résidentiel sont thermiques. C’est-à-dire que, la consommation typique d’un logement, c’est :
- à 60 % du chauffage, donc votre radiateur
- à 13 % de l’eau chaude sanitaire, le réchauffement de l’eau de votre douche
- et les 27 % restants concernent tout le reste : l’électricité qui alimente la télévision, le lave-linge, le lave-vaisselle, etc.
L’usage à décarboner en priorité dans les logements, c’est donc bien celui de la chaleur et du froid. Et ce sont justement ces 73% auxquelles les solutions de chaleur renouvelables peuvent répondre.
Quand nous regardons les sources actuelles de chaleur urbaine toutefois, le bilan est alarmant :
- Toujours en Île-de-France, le premier poste de consommation reste le gaz naturel : en effet celui-ci est encore responsable de 44% de la consommation résidentielle.
- Viennent s’y ajouter 5% issus des produits pétroliers, les plus polluants de tous, et nous enfermant dans une très forte dépendance à l’importation des pays extérieurs.
Cela veut donc dire qu’au total, environ la moitié des consommations des logements franciliens, est assurée par le combo polluant gaz+fioul.
On parle beaucoup des pompes à chaleur, mais en réalité, les pompes à chaleur ne sont pas des objets magiques, mais un éventail de technologies différentes. Selon la typologie de chaque bâtiment, la solution la plus adaptée peut être en réalité très différente d’un quartier à un autre, ou même entre deux voisins. En bref, il peut arriver que la pompe à chaleur ne soit en fait pas la solution la plus adaptée.
Avantages de la chaleur renouvelable et principales idées reçues
Nous avons constaté que massifier les énergies renouvelables dans la chaleur des logements est un enjeu environnemental crucial. Il s’agit également d’une mesure de justice sociale : la chaleur renouvelable permet de sortir du gaz – et même dans certains cas de l’électricité, et ce par une énergie tout aussi décarbonée que cette dernière. Ainsi, les factures d’énergies sont moins élevées et moins sensibles aux fluctuations du marché.
Cette baisse dans les dépenses énergétiques fait que passer à la chaleur renouvelable peut être tout à fait rentable : même si cela peut nécessiter d’importants investissements pour les travaux au départ, ceux-ci seront toujours compensés par les économies faites chaque année. On peut ainsi bénéficier d’un meilleur confort thermique sans avoir peur pour son portefeuille. Et ces temps-ci, ce n’est pas rien : en 2025, 36% des ménages avaient des difficultés pour payer leurs factures, d’après le média Reporterre.
Lorsqu’une commune investit dans un réseau de chaleur pour fournir ses habitants en énergie, et veille à obtenir un mix majoritairement d’énergies renouvelables et de récupération, alors tout le monde y gagne. Les investissements sont importants au début, mais ensuite, les ménages bénéficieront d’une énergie locale, sans émissions, et à coût faible et stable.
Vers qui se tourner lorsqu’on a un projet d’intégrer cette dynamique chez soi ?
Tout dépend si vous avez un projet de rénovation énergétique ou un projet de changement de chaudière. Dans le premier cas, il s’agit d’une question d’efficacité énergétique du logement : peu importe comment on vous chauffe, la question est de limiter la chaleur qui traverse les murs et le toit pour partir aux petits oiseaux… dans ce cas de figure, il faut être accompagné·e par un·e conseiller·e France Rénov’, qui saura vous guider au mieux.
En revanche, même avec une superbe isolation, le mode de chauffage compte. Dans ce cas-là, c’est le rôle de l’Animateur Chaleur Renouvelable, de vous guider dans la recherche de solutions de chauffage plus vertueuses et moins onéreuses.
La démarche EnR’Choix de l’ADEME, conçue comme une bonne pratique de planification urbaine de la chaleur, fera naturellement intervenir ces deux interlocuteurs : si vous me contactez pour un projet de chaudière et qu’on se rend compte que vous habitez une passoire thermique, on fera sûrement appel au Conseil France Rénov’ pour proposer ensemble un projet plus global.
ITW | L’avis d’un spécialiste : Mattéo Boissière, animateur renouvelable de Grand Paris Climat.
Peux-tu nous expliquer les rôles principaux de l’animateur Chaleur Renouvelable ?
M.B – Le rôle de l’Animateur Chaleur Renouvelable est d’offrir un conseil personnalisé de premier niveau. Cela veut dire qu’on intervient dès la première phase du projet, même si vous en êtes juste au stade “avoir une idée”, et on vous aide à concrétiser tout ça.
C’est un conseil gratuit et indépendant, supervisé par l’ADEME dans une mission de service public : en bref, on n’est pas là pour vous vendre quelque chose !
Nous pouvons notamment rédiger des notes d’opportunité d’une dizaine de pages, pour aider à éclairer les décisions d’un mono-propriétaire ou d’un conseil syndical. La note d’opportunité ne remplace pas la note de faisabilité des bureaux d’études, elle qui est payante et bien plus fournie, mais elle peut orienter sa recherche pour partir sur de bons rails dès le début, et servir ainsi de “pré-faisabilité”. D’ailleurs, saviez-vous que l’ADEME peut subventionner le prix de la note de faisabilité ? Heureusement qu’un Animateur Chaleur Renouvelable vous l’a dit !
Quels sont les enjeux majeurs qu’un animateur chaleur renouvelable peut rencontrer aujourd’hui ?
M.B – Déjà, le manque de connaissances autour du sujet ! Le débat public autour des EnR est centré sur l’électrification et sur l’électricité renouvelable : panneaux photovoltaïques, éoliennes… c’est déjà bien, mais il n’y a pas que ça ! Pour ces raisons, l’accompagnement par un conseiller de la chaleur renouvelable n’est pas encore un réflexe pour les particuliers, pour les bailleurs sociaux, ou même pour les communes.
A qui t’adresses-tu principalement dans ton quotidien professionnel ?
M.B – N’importe qui qui souhaiterait être accompagné ! Toutefois ma mission cible certains territoires de la Métropole sûrement, et surtout les acteurs privés et citoyens plutôt que publics. Cela veut dire que les propriétaires occupants me contactent directement, mais cela peut également être le cas de bailleurs, d’entreprises sur leur parc tertiaire, d’industriels…
À noter que, pour qu’un ménage déjà en contact avec un·e conseiller·e France Rénov’ ne multiplie pas trop les interlocuteurs, je travaille également beaucoup avec les ECFR pour leur apporter un soutien sur le sujet !
En tant que copropriétaire, peut-on envisager d’intégrer la chaleur renouvelable dans son bâtiment ? Comment cela se passe ?
M.B – Oui, toujours, mais ça dépend d’où on est. Certaines communes disposent d’un réseau de chaleur, déjà présent ou bien encore en construction. D’autres, pas du tout. Dans ces cas de figure, on peut faire appel à la géothermie de surface, dès lors qu’on dispose d’un foncier suffisant, et au solaire thermique, si la toiture le permet.
Et en tant que propriétaire d’une maison ?
M.B – Là, on se tournera plus facilement vers la pompe à chaleur, vu que le réseau de chaleur est typiquement très éloigné. De plus, au vu des contraintes budgétaires, le Fonds Chaleur est limité dans son enveloppe et cible aujourd’hui prioritairement les plus gros consommateurs, et donc les bâtiments collectifs plutôt que les habitats individuels.
Nous entendons souvent parler du “réseau d’animateur chaleur renouvelable”, de quoi s’agit-il concrètement ?
M.B – Oui, l’ADEME coordonne en fait tout un réseau d’une quinzaine d’animateurs en Île-de-France. L’idée est d’avoir une présence plus forte sur l’ensemble du territoire, ainsi que de travailler ensemble pour se partager de bonnes pratiques. Cela nous permet, en plus de traiter nos dossiers, de créer des groupes de travail pour faire avancer des thématiques nouvelles !
Aujourd’hui, dans tous les Espaces Conseil France Rénov’ de la Métropole du Grand Paris, il y aura un Animateur Chaleur Renouvelable pour vous répondre à vos questions. Alors n’hésitez pas à faire une sollicitation, via le formulaire sur notre site !
Est-ce que des aides existent pour le recours à la chaleur renouvelable dans son logement ? Que doit-on faire dans ce cas-là ?
M.B – Pour soutenir financièrement les projets, il y a des CEE, mais il y a surtout le Fonds Chaleur de l’ADEME ! Le Fonds Chaleur subventionne les projets qui respectent justement la démarche EnR’Choix, qui planifie par le besoin, mutualise les usages et optimise les ressources énergétiques d’un territoire. C’est notamment pour ça que le conseil d’un Animateur Chaleur Renouvelable peut être précieux : je vous aide à respecter cette démarche EnR’Choix de l’ADEME, et donc à toucher des aides !
Selon ton point de vue d’animateur chaleur renouvelable quelle est selon toi la ville de tes rêves ou le logement de tes rêves ?
M.B – Si on me donnait une baguette magique avec infini argent, infini volonté politique, et infini paires de bras pour mener les travaux… je développerais très certainement des Boucles d’Eau Tempérée à Energie Géothermique (BETEG) citoyennes dans tous les quartiers.
Les BETEG, ce sont des réseaux qui peuvent faire office à la fois de réseau de chaud, et de réseau de froid ! En puisant de l’eau tiède via la géothermie de surface, et en équipant les bâtiments de pompes à chaleur réversibles pour “booster” le transfert thermique dans un sens ou dans l’autre, cela permet d’à la fois assurer un confort d’hiver et d’été, de façon tout à fait bas-carbone et renouvelable – et sans le problème de création d’ilôts de chaleur urbains, qui sont un effet secondaire des PAC aérothermiques réversibles !